|
|
 |
|
 |
Vous êtes ici: Actu / Actu /
| Hubert Velud raconte l’enfer de Cabinda |
| Actuel sélectionneur du Togo, Hubert Velud était dans le car de l’équipe nationale des Eperviers, qui s’est fait attaqué par les séparatistes de Cabinda. Ancien entraîneur du GFCOA, durant les années fastes ajacciennes, il revient avec beaucoup de recul sur l’attaque dont a victime le Togo, futur participant du tournoi international de Corse.
|
Vendredi 8 janvier 2010. En route vers l’Angola, qui organise l’édition 2010 de la Coupe d’Afrique des Nations, la sélection du Togo emprunte la route principale, qui mène à son lieu de villégiature. En stage à Pointe Noire au Congo, pays voisin de l’Angola, l’équipe nationale du Togo arrive à la frontière angolaise en toute sérénité, comme l’explique Hubert Velud, le sélectionneur ajaccien : « Nous sommes accueillis de manière extraordinaire à la frontière par le pays hôte et la CAF, organisatrice de la compétition. C’est la fête, les gens chantent, dansent, habillés en costume traditionnels. A aucun moment, nous nous doutons de ce qu’il va se passer plus tard ». Dix minutes plus tard, plus précisément. « C’est vrai que nous sommes un peu surpris par l’escorte qui entourent le car. Les militaires sont surarmés, encagoulés, nos joueurs en rigolent et les prennent même en photo. Mais, tout à coup, dans une jungle, un endroit boisé, sur une cuvette en asphalte, les premières balles surgissent de nulle part et atteignent le car. Nous nous retrouvons de suite, allongés par terre. ». En fait, depuis la fin de la guerre civile, l’enclave de Cabinda reste un foyer de tensions entre le pouvoir et les séparatistes, sur fond de convoitise économique. Cabinda, est en effet, une grande province pétrolifère du pays, deuxième exportateur du continent après le Nigeria. Mais cela, les togolais n’en savent rien : « Nous n’étions pas du tout au courant de ces tensions d’autant que contrairement à ce qui a été dit, la CAF cautionnait notre moyen de locomotion, d’autant qu’ils nous ont accueillis à la frontière dix minutes auparavant. Quoi qu’il en soit, c’est un véritable acte de guerre, vu que les premières balles ne visent pas l’armée angolais mais bien notre bus. Pendant une demie-heure, c’est une guerilla auquel nous assistons ». 30 minutes, ressenties comme des heures entières tant le fracas des armes s’abat sur le car et sur des membres de la sélection nationale. L’entraîneur adjoint et le chauffeur n’en sortiront d’ailleurs pas indemnes puisqu’ils décèderont quelques heures plus tard à l’Hôpital. « Ce qui est dramatique, c’est que c’est lui (NDLR le chauffeur) qui nous sauve en faisant rouler le car 400 mètres plus loin, en étant blessé » raconte Hubert Velud, toujours marqué par cet épisode douloureux. « Ce qui est effrayant, c’est que j’entends toujours les cris des joueurs blessés et qui se plaignent des blessures par balles. Je me souviens même qu’uns de nos joueurs (Matoumbi) est sorti sous les balles, en portant des blessés sur ses épaules. Il voulait même prendre les armes, mais l’armée angolaise a refusé : ». Longtemps après, des hommes entrent dans le bus. C’est l’armée angolaise, qui a réussi à faire reculer les assaillants : « Même à ce moment-là, nous n’étions pas rassurés car on ne savait pas qui étaient ces hommes et la paranoïa avait envahi le groupe ». Les heures sui suivent, sont également durent à vivre pour la délégation togolaise, qui ne pense plus du tout au Football, mais se retrouve sous les feux médiatique. Pas un brin psychologues, les délégués de la CAF, harcellent l’encadrement des éperviers pour les accréditations, preuve du décalage entre la réalité et la fiction. De réunions internes en réunions ministérielles, la délégation du Togo décide de rentrer au pays pour respecter la tradition : « 24 heures après le drame, nos joueurs se sont regroupés entre eux au sein du village de la compétition. A minuit, ils ont tapé à ma porte pour me dire qu’ils avaient décidé de prendre part à la compétition. Mais, nous devions rentrer avec les corps pour respecter les trois jours de deuil national. La CAF n’a pas voulu aménager notre calendrier et nous avons donc été disqualifiés ». Pire, la CAF a décidé d’exclure le Togo pour les prochaines éditions de la Coupe d’Afrique des Nations ! Une véritable et incroyable injustice qui devrait cependant être gommée par le tribunal arbitral du Sport, qui devrait donnée son avis pendant le futur tournoi international de Corse où participera le Togo. « Cette décision a été vécue comme une injustice, et j’ai été étonné du peu de réactions des instances comme l’UEFA et la FIFA. J’ai juste envie de leur poser une question : Est-ce qu’ils cautionnent la décision d’exclure le Togo des prochaines éditions de la CAN ? ». Une réponse sera donnée par le TAS en mai, en espérant qu’elle rétablisse la triste morale de cette histoire.
|
| Article redigé le 04/12/2008 à 18:39 |
|
|
|
 |
|